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Tu ne peux plus changer d’avis !
Je ne l’aimais pas. Je ne l’aimais pas. On m’a dit « Non, tu ne peux plus changer d’avis »
C’est vrai que je ne l’aimais pas, vraiment pas. Une horreur dirai-je même. Et tous les soirs, je me la tapais, qu’il fasse froidure, gelure, engelure, enluminure, qu’il fasse chaleur, étuve, hammam, sauna. Oui, tous les soirs je devais me la taper. Deux heures avant j’y songeais, une heure avant j’y pensais, cinq minutes avant je réalisais. Le poids de l’habitude, les us et coutumes qui font qu’un soir se mêle à un autre soir, un coucher à un autre coucher.
Depuis trente ans déjà, je contemplais cette masse grasse, flasque et gélatineuse qui flottait sur son lit blanchâtre, les yeux sans vie, ronds, translucides, tels des pustules prêtes à jaillir, éclater.
Impression de me farcir une tête de hareng, hareng saur ou hareng sure. Ce morceau de viande couleur chiasse, d’où apparaissait une vague forme de squelette, d’os ou de cartilage.
Non je ne peux plus changer d’avis. Et mon avis, me l’a-t-on seulement demandé mon avis ? Ma mère me l’a imposée cette compagne des bons et mauvais soirs, cette sorcière qui transmute les doux couchers en bal de l’horreur. ‘ « Ce sera Elle et point d’autre ! ». Et je pliais, la tête baissée.
J’allais peut-être enfin m’éveiller. J’étais en plein cauchemar. Je me pinçais le bras assez fort. Non, c’était bien réel. Je ne rêvais pas. Je devais faire face à cette réalité quotidienne.
Alors l’idée de meurtre germa en moi. Et si je la faisais disparaître ? Personne ne s’en apercevrait, personne ne la rechercherait. Disparue à jamais. Je reprendrai vie comme un noyé que l’on vient de sauver et que l’on ramène à la surface. Je sentirai la vie renaître dans mes poumons, caresser une fleur de printemps, butiner la rosée de l’été, cultiver mile et un chrysanthèmes in memoriam. Je revivais. Je sentais la joie monter, me soulever, m’emplir tel un geyser.
« Eh dis, tu rêves ou quoi ? » entendis-je dans un lointain murmure.
Et tous les soirs, des grands «beurcks », des « putains d’encore » murmurés malgré moi. Et me pencher encore sur cette masse visqueuse, ses odeurs nauséabondes, de bouche d’égout.
Envie de vomir, de dégueuler, de lui chier dessus.
Mon drame, mon grand drame….Plus tard je me suis marié. La spécialité de ma belle-mère, fin cordon bleu, émérite cuisinière, disciple de feu Maître Escoffier était …le suprême de bouillon accompagné de sa poule bouillie.
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